L’écriture pour accepter la maladie

par | Nov 5, 2019 | 0 commentaires

Christian Roulin
Auteur de « La Métamorphose »

 

Nous avons « connu » Christian en lisant un article sur la sortie de son livre et nous avons eu envie d’en savoir plus. Malade et heureux, deux adjectifs qui n’ont pas l’air d’aller ensemble et qui pourtant le définissent. Par l’intermédiaire de son épouse Isabelle, il nous a confirmé son envie d’aller vers les autres. Son livre est un puissant témoignage, une preuve acceptance, un « joyeux » combat quotidien pour faire d’une épreuve à première vue insurmontable un défi personnel rendu possible par une détermination exceptionnelle et une chaîne humaine qui oeuvre à ses côtés sans relâche dans la 2ème vie d’un homme (extra)ordinaire en pleine métamorphose.

Voici son témoignage écrit grâce à un logiciel de reconnaissance visuelle.
Je bave vautré dans mon fauteuil roulant, bras et jambes inertes, tétraplégique.

Réduit au silence. Fagotté comme un sac, survêtement gris, d’une lointaine époque. Mon beau miroir est formel,  » je ne suis plus le plus beau !  » Je croise des regards gênés, apeurés, voyeuristes. Des gens se poussent du coude pour dire t’as vu celui-là ! C’est sûr que le pathos me précède, je ferais une bonne audience lors d’une émission de reality-show. J’ai une maladie de Charcot
(SLA), c’est une maladie neurologique dégénérative,
qui attaque les motoneurones, conduisant à une paralysie des muscles.
Et, provoquant la mort dans les trois à cinq ans. Il n’y a pas de cas de rémission. Je serai le premier ! Je suis totalement dépendant.

‹‹ Pour enclencher un Renouveau. Il faut accepter la maladie, ne pas se contenter d’une colère mangeuse d’énergie. >>

Il me reste les yeux pour… Rire.

Bizarrement je suis heureux. La maladie ou les accidents de la vie sont là pour nous faire comprendre quelque chose.

Un mal pour un bien.Pour enclencher un Renouveau.

Il faut accepter la maladie, ne pas se contenter d’une colère mangeuse d’énergie. Ou d’une résignation improductive. Acceptons de changer. La maladie m’a transformé. Inutile de vouloir courir, mes jambes ne me portent plus.

Inutile de regretter. Impossible de parler, il reste à inventer un nouveau langage…

Le passé est dépassé, l’avenir incertain, seul le présent est réel. Vivons dans le présent en pleine présence.

J’ai lâché sur l’ego et l’image de soi. Dans mon nouvel état, je n’ai plus les moyens de les défendre ! Adieu la domination du mental. Cela ouvre à un autre mode de relations. Plus vraies, plus profondes.

Je vis à coeur ouvert. Mon entourage change aussi avec ma maladie. Je ne croise que les meilleurs d’entre nous.

Les chaleureux les empathiques, les généreux… Partage quasi instantané, comme si on se connaissait déjà ! Rencontres enrichissantes et joyeuses. Pas de pitié ni de charité, pas de devoir ni d’obligation, que du vrai ! De la simplicité, de l’authenticité gaie et contagieuse. C’est ça le plus marquant c’est que c’est contagieux !

On est dans l’harmonie, comme un orchestre bien composé, chacun à sa place, chacun indispensable, chacun créatif.

Le tout sans avoir répété ! C’est troublant. Quelle est cette magie qui nous frappe ?

C’est l’amour.

Sans filtre ni faux-semblants.

Nous communiquons d’âme à âme. Une nouvelle année débute, laissons parler nos coeurs.

Christian Roulin

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